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Retro LE TEMPS de CLAUDE SAUTET

Au cœur du Quartier latin, le Champo fait vivre le cinéma de patrimoine tous les jours depuis 1938. Festivals, rétrospectives, cycles thématiques , courts-metrages et avant-premières invitent à (re)découvrir sur grand écran des films qui ont marqué l’histoire du cinéma et qui sont toujours d'actualité.


Revoir ces films de Claude SAUTET, c’est retrouver un cinéma qui n’a jamais autant parlé de nous.

Pourquoi les revoir ? Parce que Sautet filme ce qu’on vit tous : des liens qui tiennent, qui craquent, qui se renégocient. Pas de leçon, juste la vérité des gestes et des mots. C’est un cinéma qui touche juste. Sautet observe les rapports de force ordinaires (dans l’amour, l’amitié, le travail) avec une lucidité sans cynisme : personne n’est exemplaire, personne n’est condamné.

En 9 films, on traverse tout Sautet : l’urgence du polar (Classe tous risques), le choc intime (Les Choses de la vie), les pièges du désir (Max et lesferrailleurs) et le triangle amoureux (César et Rosalie), l’amitié adulte (Vincent, François, Paul et les autres) et la réparation fragile (Un mauvais fils), puis la comédie sociale à vif (Quelques jours avec moi) jusqu’aux œuvres de maturité, plus nues, plus musicales, plus troublantes (Un cœur en hiver, Nelly et Mr. Arnaud). Une filmographie claire, cohérente, essentielle.

Pourquoi "LE TEMPS DE CLAUDE SAUTET" ?

Chez Sautet, il y a le temps qui manque (l’urgence, la cavale, l’accident), le temps qui revient (les souvenirs, les regrets, les secondes chances), le temps qui use et qui soude (l’amitié, les couples), et le temps qui fige (les silences, la retenue, la peur de se livrer). Ses films racontent ce moment où l’on croit avoir “le temps”— puis où l’on comprend qu’un geste, une phrase, une rencontre a déjà décidé. Le quotidien devient suspense, et la vie, un montage de bifurcations.

Des duos/trios et des acteurs mythiques.

Cette rétrospective aligne une affiche rare: Ventura/Belmondo (amitié et urgence), Piccoli/Schneider (désir, trouble, vertige), Montand/Schneider (passion, jalousie, tendresse), Reggiani/Piccoli/Montand (l’amitié au long cours), puis le trio Auteuil/Dussollier/Béart (froid, musique, cruauté feutrée) et l’ultime duo Béart/Serrault (écriture, emprise, délicatesse). Autour d’eux : Léa Massari, Sami Frey, Depardieu, Darrieux, Bonnaire, Anglade, Dewaere… Des présences immenses, et aussi des visages qui ancrent ces histoires dans le réel.


Affiche de la retrospective Marguerite Duras au Champo

📍 CLASSE TOUS RISQUES (1959). Un polar tendu et fraternel, Une cavale contre la montre : quand le temps manque, il ne reste que l’honneur — et l’amour des siens. Un gangster traqué tente de rentrer en France avec sa famille ; le drame accélère tout et l’oblige à choisir, vite, qui peut encore être digne de confiance.
À (re)voir pour le temps de l’urgence (c'est un film qui file, qui serre), et le basculement Sautet : le polar devient déjà une histoire de liens, de fidélité, de père et d’ami. Ventura père traqué, Belmondo allié imprévu — la cavale la plus humaine de Sautet.

📍 LES CHOSES DE LA VIE (1970). Le temps se brise en une seconde : une vie entière revient, et chaque “plus tard” devient trop tard. Un accident, une lettre, une vie entière qui remonte à la surface : le grand choc intime du cinéma français.
Entre deux battements de conscience après un crash, un homme revoit sa vie, ses choix, et l’amour qui l’a déplacé. Le présent se fige, le passé insiste, et tout se joue dans l’infime.
À (re)voir pour le temps intérieur (mémoire, regrets, lucidité) et le Sautet “signature” : le quotidien comme suspense émotionnel, porté par le couple Piccoli/Schneider et une BO devenue culte. (Film projeté au B.O. ciné-club du Champo).
Sélection officielle de Cannes 1970 (en compétition) ; Prix Louis-Delluc 1969.
Avec Michel Piccoli, Romy Schneider, Léa Massari.

📍 MAX ET LES FERRAILLEURS (1971). Un plan “parfait” et le temps comme piège : plus on contrôle, plus on s’enferme. Un piège policier, un désir, une faute : quand la “stratégie” devient vertige.
Un commissaire monte une opération pour faire tomber une petite bande, en utilisant une femme comme appât. Mais le plan dérape : chacun se croit maître du jeu… jusqu’au point de non-retour.
À (re)voir pour le temps de l’engrenage : Sautet transforme l’attente en poison, et filme la morale sans tribunal — chacun se perd à son rythme, inexorablement. Un Sautet qui dissèque pouvoir, fantasme et culpabilité, avec la sensualité froide du duo Piccoli / Schneider

📍 CÉSAR ET ROSALIE (1972). « Le temps de l’amour » n’est jamais linéaire : on revient, on hésite, on recommence — et ça fait mal. Le triangle amoureux le plus vivant : drôle, douloureux, lumineux — et terriblement vrai…
Rosalie aime deux hommes que tout oppose : César, l’énergie brute, et David, l’élégance fiévreuse. Entre jalousie, tendresse et orgueil, le film invente une comédie sentimentale à fleur de peau.
À (re)voir au Champo pour la modernité des relations, l’écriture des sentiments (sans morale), et le trio Montand / Schneider / Frey : trois manières d’aimer, et … aucune “bonne” réponse.

📍 VINCENT, FRANÇOIS, PAUL ET LES AUTRES (1974). L’amitié au long cours : le temps passe, les masques tombent, et l’on s’accroche les uns aux autres. Trois amis, leurs failles, leurs silences : la fraternité à l’épreuve du temps.
Entre week-ends, dîners et coups durs, trois hommes approchent un âge où tout se réévalue : amour, travail, santé, fidélités. La vie continue — mais elle ne pardonne pas l’aveuglement.
Le temps de la maturité.
À (re)voir pour le film-choral “signature” : scènes de groupe incroyablement justes, humour qui protège, et cette mélancolie active propre à Sautet.
Avec Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani, Gérard Depardieu 

📍 UN MAUVAIS FILS (1980). Revenir dans le temps après la chute : se réparer, c’est apprendre à tenir, jour après jour. Revenir de loin, et tenter quand même : un film de réconciliation au bord du vide.
Sorti d’une descente aux enfers, un homme retrouve son père et essaie de se reconstruire - travail, amour, dignité. Mais les anciennes failles reviennent vite quand la confiance n’est pas encore là.
Le temps de la reconstruction.
À (re)voir au Champo pour Patrick Dewaere à nu (bouleversant), et pour le regard de Sautet : tendre, concret, sans héroïsme, avec une force rare sur la fragilité masculine.
Avec Patrick Dewaere, Yves Robert, Brigitte Fossey..

📍 QUELQUES JOURS AVEC MOI (1988). Quelques jours peuvent suffire : le temps court d’une rencontre peut faire exploser une vie “bien rangée”. Une rencontre de classe qui dérange : l’amour comme test de vérité sociale.
Héritier dépressif d’une chaîne de supermarchés, Martial débarque à Limoges pour “contrôler” — et bouscule tout. Il propose à Francine, domestique, de rester quelques jours avec lui : le pacte révèle les humiliations, les désirs, les rapports de force.
Le temps de la rupture.
À (re)voir pour le virage des années 80 chez Sautet : satire acide de la bourgeoisie, tendresse pour les humiliés, et Daniel Auteuil qui change de registre face à une Sandrine Bonnaire magnétique.
Nominé aux César 1989. Avec Daniel Auteuil, Sandrine Bonnaire, Danielle Darrieux.

📍 UN CŒUR EN HIVER (1992). « Le temps du silence » : quand on retient trop longtemps, la musique finit par dire la vérité à notre place. Le désir sans aveu : un trio, un violon, et la glace qui finit par brûler.
Dans un atelier de lutherie, deux amis croisent une violoniste : l’un l’aime, l’autre la fascine par son retrait. La séduction devient un duel feutré où chacun se révèle lentement.
Le temps qui gèle puis brule : Sautet filme l’émotion comme une température qui met du temps à monter jusqu’au moment où l’on comprend qu’il est trop tard.
À (re)voir pour la précision chirurgicale des non-dits, l’atmosphère musicale (Ravel au cœur du récit), et le trio Auteuil / Béart / Dussollier d’une perfection troublante.
Récompenses : Mostra de Venise 1992 – Lion d’argent (meilleur réalisateur) + Prix FIPRESCI ; César 1993 – Meilleur réalisateur + Meilleur second rôle (Dussollier).

📍 NELLY ET MR. ARNAUD (1995). Le « temps de l’écriture » : raconter sa vie, c’est la reprendre en main — et parfois se perdre dans l’autre. Un tête- à-tête vertigineux : l’intime comme terrain de pouvoir, d’écriture et de désir.
Nelly, jeune femme étranglée par ses dettes, devient la secrétaire d’un ancien magistrat qui dicte ses mémoires. Entre eux, un lien se tisse — trouble, protecteur, dangereux — tandis que le mari de Nelly rôde, manipulateur.
Le temps du bilan.
Film à (re)voir : Dernier Sautet, film- bilan, d’une élégance folle, où l’écriture (dicter, écouter, reformuler) devient l’arène des sentiments. Et Serrault et Béart: duo inoubliable.
Récompenses (grands prix/sélections): Prix Louis-Delluc 1995; César 1996 – Meilleur réalisateur (Sautet) et Meilleur acteur (Serrault) ; nomination BAFTA (film en langue non-anglaise).
Acteurs : Emmanuelle Béart, Michel Serrault, Jean-Hugues Anglade.

 

LES AFFICHES

Affiche de la retrospective Le Temps de Claude Sautet au Champo
Affiche du film CLASSE TOUS RISQUES - Le Temps de Claude Sautet au Champo
Affiche du film LES CHOSES DE LA VIE - Le Temps de Claude Sautet au Champo
affiche du film MAX ET LES FERRAILLEURS - Le Temps de Claude Sautet au Champo
Affiche du film CESAR ET ROSALIE - Le Temps de Claude Sautet au Champo
Affiche du film VINCENT FRANCOIS PAUL ET LES AUTRES de Claude Sautet au Champo
Affiche du film UN MAUVAIS FILS  - Le Temps de Claude Sautet au Champo
Affiche du film QUELQUES JOURS AVEC MOI - Le Temps de Claude Sautet au Champo
Affiche du film UN COEUR EN HIVER - Le Temps de Claude Sautet au Champo
Affiche du film NELLY et Mr ARNAUD - Le Temps de Claude Sautet au Champo