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Rétrospective JOSEPH LOSEY

À PARTIR DU 7 OCTOBRE

Au cœur du Quartier latin, le Champo fait vivre le cinéma de patrimoine tous les jours depuis 1938. Festivals, rétrospectives, cycles thématiques , courts-metrages et avant-premières invitent à (re)découvrir sur grand écran des films qui ont marqué l’histoire du cinéma et qui sont toujours d'actualité.


JOSEPH LOSEY EN 6 FILMS
Désirs, pouvoir et faux-semblants

Ils croient choisir leur vie. Mais qui en tient les fils ?

Une maison élégante, un été à la campagne, une rencontre à Venise… Chez Joseph Losey, les apparences sont séduisantes ; ce qu’elles dissimulent l’est beaucoup moins. Derrière les bonnes manières, les promesses d’amour et les certitudes sociales se nouent des rapports de pouvoir dont personne ne sort tout à fait indemne. Qui commande ? Qui dépend de l’autre ? Et jusqu’où faut-il aller pour devenir libre ?

Autour de Maison de poupée, où une épouse commence à contester le rôle qu’on lui assigne, Le Champo réunit cinq films qui font vaciller l’ordre établi. Dans The Servant, un domestique devient indispensable à son maître ; dans Le Messager, un enfant découvre les secrets et les barrières du monde adulte ; dans Eva, un homme s’abîme dans une passion qu’il ne maîtrise pas ; dans Deux hommes en fuite, la domination prend la forme d’une chasse à l’homme implacable ; dans Les Damnés, des enfants tenus à l’écart du monde deviennent les prisonniers d’un projet scientifique qui prétend assurer l’avenir de l’humanité.

Six variations sur les liens qui nous attachent — à une classe, à un être, à un rôle — et sur le prix à payer pour s’en affranchir.

Joseph Losey
Américain de naissance, européen d’adoption, Joseph Losey (1909–1984) a fait de son regard d’exilé une force singulière. Venu du théâtre et marqué par sa collaboration avec Bertolt Brecht, il réalise son premier long métrage, Le Garçon aux cheveux verts, en 1948. Mis à l’écart par le maccarthysme, il poursuit sa carrière en Europe, notamment en Grande-Bretagne, dont il observe avec une acuité redoutable les hiérarchies et les conventions.

Son cinéma fait des décors, des gestes et des silences les instruments d’une exploration du désir, de la dépendance et de la mauvaise conscience. De Dirk Bogarde à Jeanne Moreau, de Julie Christie à Jane Fonda, ses interprètes donnent chair à des personnages qui se découvrent moins libres qu’ils ne le croyaient. Chez Losey, la beauté des images aiguise le trouble : elle nous attire au plus près de ce que nous préférerions parfois ne pas voir.


Affiche de la retrospective JOSEPH LOSEY au Champo

LES DAMNÉS (1961) de Joseph Losey

On leur promet un avenir. On leur interdit de vivre.

Entre violence des blousons noirs et angoisse nucléaire, Joseph Losey transforme la science-fiction en un saisissant cauchemar politique.

En fuyant une bande de motards, un Américain et une jeune femme découvrent des enfants enfermés au cœur d’une mystérieuse expérience scientifique.
... Sur la côte anglaise, Simon, un touriste américain, rencontre Joan et se heurte à son frère King, chef d’une bande de motards. En tentant de lui échapper, Simon et Joan pénètrent dans une zone interdite, où des enfants vivent isolés sous surveillance. Qui les retient ici, et au nom de quelle nécessité ? Derrière la violence visible se dessine une menace autrement plus inquiétante.

Sous le suspense, une question traverse le film : que reste-t-il de l’humanité lorsque sa survie sert à justifier l’inhumain ? Un prolongement saisissant des rapports de pouvoir qui parcourent toute cette rétrospective.

Un film déroutant. Derrière les blousons noirs et le mystère scientifique, Losey met face à face deux violences : celle qui frappe ouvertement et celle qui s’exerce avec la certitude d’agir pour le bien commun. Une œuvre sombre, émouvante et troublante, à découvrir au-delà des grands classiques du cinéaste.

ILage du Film EVA de Joseph Josey au Champo cinéma Patrimoine à Paris

EVA (1962) de Joseph Losey

Il voudrait la posséder. Elle lui échappe. Il se perd. Un drame de l’obsession, sensuel et corrosif, où Venise devient le décor d’une passion nourrie de mensonges.

Un écrivain à la réputation usurpée s’éprend d’une femme insaisissable, au risque de détruire tout ce qui l’entoure.

Tyvian Jones savoure une célébrité littéraire bâtie sur une imposture : il s’est attribué l’œuvre de son frère. En Italie, sa rencontre avec Eva bouleverse cette réussite de façade. Indépendante, distante, elle refuse de répondre à son désir comme il l’exige.
Malgré l’amour que lui porte Francesca, Tyvian revient sans cesse vers Eva. Plus il cherche à la conquérir, plus il expose ses propres failles.

📍 La fascination d’Eva tient à son inconfort : le film nous attire sans nous offrir de refuge sentimental. Derrière l’obsession d’un homme pour une femme, Losey met à nu l’orgueil, l’imposture et le désir de possession. Jeanne Moreau y demeure souverainement insaisissable.

Avec Jeanne Moreau, Stanley Baker et Virna Lisi.

ILage du Film THE SERVANT de Joseph Josey au Champo cinéma Patrimoine à Paris

THE SERVANT (1963) de Joseph Losey

Il l’engage pour le servir. Jusqu’à ne plus pouvoir se passer de lui.
Un jeune aristocrate accueille un domestique dont l’emprise bouleverse progressivement l’équilibre de sa maison et de sa vie. 

À Londres, Tony s’installe dans une belle demeure et engage Barrett pour en organiser le quotidien. Susan, la fiancée de Tony, se méfie pourtant de cet homme trop parfait. L’arrivée de Vera, que Barrett présente comme sa sœur, fait entrer dans la maison un trouble nouveau. Les places semblent clairement distribuées ; elles vont devenir beaucoup plus incertaines.

Un duel psychologique d’une élégance venimeuse, où la lutte des classes se glisse dans les gestes du quotidien.

Récompenses : Trois BAFTA en 1964 : meilleur acteur britannique pour Dirk Bogarde, meilleur espoir dans un premier rôle pour James Fox et meilleure photographie britannique en noir et blanc pour Douglas Slocombe.

📍 Un film dont chaque détail semble conspirer contre ses personnages. Sous la politesse des échanges, Losey installe un vertige : à quel moment le confort devient-il dépendance ? Un sommet de tension feutrée, aussi fascinant à découvrir qu’à revoir.

Avec Dirk Bogarde, James Fox, Sarah Miles et Wendy Craig.

ILage du Film DEUX HOMMES EN FUITE de Joseph Josey au Champo cinéma Patrimoine à Paris

DEUX HOMMES EN FUITE (1970) de Joseph Losey

Un film de poursuite qui prend des allures de cauchemar. Un thriller de survie qui transforme une chasse à l’homme en affrontement entre la liberté humaine et une puissance sans visage.

Deux évadés que tout oppose traversent un territoire hostile, poursuivis par un mystérieux hélicoptère.

À l’aube, deux hommes courent, les mains liées derrière le dos. MacConnachie et Ansell cherchent à échapper à leurs poursuivants à travers des paysages sauvages. Au-dessus d’eux, un hélicoptère surveille, revient, les rabat et menace leurs chances de fuite. L’un est plus âgé, brutal et expérimenté ; l’autre plus jeune, rétif à son autorité. Pour survivre, ils devront pourtant avancer ensemble.

Un face-à-face entre Robert Shaw et Malcolm McDowell, à voir.

ILage du Film LE MESSAGER de Joseph Josey au Champo cinéma Patrimoine à Paris

LE MESSAGER (1971)

Un drame amoureux d’une beauté trompeuse, où l’éveil d’un enfant révèle la cruauté des frontières sociales. Invité dans une demeure aristocratique, un jeune garçon devient l’intermédiaire d’une liaison clandestine dont il ne mesure pas les enjeux.

Angleterre, été 1900. Issu d’un milieu modeste, Leo passe les vacances dans la famille fortunée de son camarade Marcus. Fasciné par cet univers et par Marian, la sœur aînée de son ami, il accepte de transmettre des lettres entre celle-ci et Ted Burgess, un fermier du voisinage.
Marian est pourtant promise à un homme de son rang. Fier de la confiance qu’on lui accorde, Leo entre dans un secret d’adultes dont il comprend peu à peu la portée.

Récompenses: la plus haute récompense du Festival de Cannes 1971 : le Grand Prix international du Festival, équivalent de la Palme d’or à cette époque.
Quatre BAFTA en 1972 : scénario pour Harold Pinter, second rôle masculin pour Edward Fox, second rôle féminin pour Margaret Leighton et meilleur espoir dans un premier rôle pour Dominic Guard.

📍 La lumière est somptueuse, les manières irréprochables, et le piège se referme. Losey compose un film profondément émouvant sur l’innocence que les adultes utilisent sans toujours vouloir voir ce qu’ils détruisent.

Avec Julie Christie, Alan Bates, Dominic Guard, Margaret Leighton, Edward Fox et Michael Redgrave.

MAISON DE POUPÉE (1972) de Joseph Losey

Elle a tout pour être heureuse. Sauf le droit d’être elle-même. Un drame de l’émancipation où le confort d’un foyer révèle les règles d’une domination conjugale.

Menacée par la révélation d’un secret, une épouse découvre ce que son mariage lui impose de taire et de sacrifier.

En Norvège au XIXe siècle, Nora partage avec Torvald Helmer une vie bourgeoise apparemment heureuse. Son mari la chérit, mais la traite comme une enfant, sans soupçonner ce qu’elle a autrefois entrepris pour le sauver : un emprunt contracté à son insu, au prix d’une falsification. Lorsque ce secret menace d’être révélé, l’équilibre du foyer vacille. Nora doit alors regarder autrement son mari, son mariage et la place qu’elle y occupe. Qui décide dans le couple ? Que vaut une protection qui prive de liberté ? Et comment cesser de jouer le personnage attendu par les autres ?

Derrière la délicatesse du décor, une question brûlante : peut-on être aimée sans être reconnue comme une personne libre ? Jane Fonda donne à cette prise de conscience sa tension et sa force. Un film qui place l’émancipation au cœur de l’intime.

Présenté hors compétition au Festival de Cannes 1973.

Avec Jane Fonda, David Warner, Delphine Seyrig, Edward Fox et Trevor Howard.

LES AFFICHES

Affiche du film MAISON DE POUPÉE (1972) de Joseph Losey au Champo
Affiche du film DEUX HOMMES EN FUITE (1970) de Joseph Losey au Champo
Affiche du film EVA (1962) de Joseph Losey au Champo
Affiche du film LE MESSAGER (1971) de Joseph LOSEY au Champo
Affiche du film THE SERVANT (1963) de Joseph Losey au Champo